A la claire fontaine…
Qui ne connaît pas ce refrain ?

Place Centrale - Bienne
Chanson de notre enfance, celle de nos grands-parents… et plus loin encore. Du temps où les fontaines n´étaient pas uniquement des objets d´agrément dans nos villes et nos villages. Du temps où les pavés ruisselaient aux abords de ces vastes bassins. Où les mains blanches des femmes puisaient un baquet pour faire cuire la soupe du soir. Où les enfants jouaient, buvaient et s´aspergeaient bruyamment. Où les mères se livraient en frottant leurs draps de lin. Où des paquets de linge s´amoncelaient sur les margelles de pierre.
Temps d´autrefois.
Où l´on chantait à la claire fontaine dans les poèmes et les comptines. Où l´on hissait les étendards les jours de fête ou de disette. Où l´on s´en venait dessaouler les soirs de paie. Où les jeunes filles s´amourachaient d´un regard brun passant par-là…
Ah… si elles pouvaient parler, les fontaines!
Claires ou non.
Eaux limpides, eaux usées, eau comptée, eau cherchée, eau des efforts, eau des ablutions, des rédemptions, des récréations, des générations…
Eau du quotidien, comme le pain. Pour laver ce qui est sale. Désaltérer ce qui a soif. Rafraîchir ce qui a chaud. Purifier ce qui, de toute façon, est voué à la sainteté des simples.
Fontaines, fontaines… qui a dit qu´il ne boirait plus jamais de votre eau?
Qui vous regarde encore, au cœur des villes folles où l´eau partout coule à flots. L´eau des riches de notre temps, qui ne vont plus à elle puisqu´elle se donne à profusion.
Puisqu´on la vole jusqu´à la lie.
Mais jusqu´à quand?
Reviendra-t-il le temps où l´on s´en viendra rêver au doux bruissement de la fontaine? Où son eau fera vivre. Où son eau réunira autour du bassin fatigué.
"A la claire fontaine, m´en allant promener, j´ai trouvé l´eau si belle que je m´y suis baigné…"
Chaque fontaine n´est-elle pas une invitation à nous rappeler les fonts baptismaux où l´on nous immergea dans le Christ?
Christiane Elmer
01.07.2010