Il y a des célébrations qui portent en elles une densité particulière, une tension presque palpable entre la joie et l’épreuve. Le dimanche des Rameaux en fait partie. Ce 29 mars 2021, à l’église Sainte-Marie de Bienne, la communauté s’est rassemblée autour de l'abbé François-Xavier Gindrat et du diacre Daniel Lattanzi pour entrer dans la Semaine sainte, rameaux en main, cœur déjà tourné vers Pâques.
Dès les premiers chants, l’atmosphère donne le ton. « Voici celui qui vient au nom du Seigneur », proclame l’assemblée, reprenant les mots anciens qui accompagnent l’entrée de Jésus à Jérusalem. Les portes s’ouvrent symboliquement, les voix s’élèvent, et chacun est invité à lever les yeux, à accueillir « le Roi des rois » avec simplicité. Il ne s’agit pas d’un triomphe éclatant, mais d’une royauté humble, déjà marquée par l’ombre de la Passion.
Les rameaux, bénis et brandis, disent à la fois l’accueil et l’engagement. Ils rappellent ces foules qui, autrefois, étendaient leurs manteaux et coupaient des branches pour honorer celui qui venait. Mais ils interrogent aussi : que faisons-nous de cet élan aujourd’hui ? Comment passons-nous de l’acclamation à la fidélité ?
La liturgie ne tarde pas à déplacer le regard. À peine entrés dans la joie de l’accueil, les fidèles sont conduits au cœur du mystère : la Passion du Christ. Le contraste est saisissant. L’évangile, proclamé avec gravité, déroule les étapes de la condamnation, de la souffrance, de l’abandon. Les notes manuscrites de la célébration en gardent la trace vive : Pilate qui s’interroge, la foule qui réclame, les soldats qui se moquent, la couronne d’épines, le chemin de croix.
Et cette parole, au sommet de l’épreuve : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Elle traverse l’assemblée comme un écho aux fragilités humaines, aux doutes, aux nuits intérieures. Rien n’est édulcoré. Le Christ ne contourne pas la souffrance, il la traverse.
Dans son homélie, l'abbé François-Xavier Gindrat invite à ne pas rester spectateur. « Prenons chacun, à notre mesure, l’épreuve de la croix », suggère-t-il, en lien avec le prophète Isaïe évoqué durant la célébration : « Chaque matin, il éveille mon oreille… je ne me suis pas dérobé. » Il ne s’agit pas de rechercher la souffrance, mais de ne pas fuir ce qui, dans nos vies, demande courage, fidélité, persévérance.
Le diacre Daniel Lattanzi prolonge cet appel en soulignant la cohérence du chemin chrétien : accueillir le Christ avec enthousiasme, oui, mais aussi demeurer avec lui dans les moments difficiles. Les rameaux ne sont pas seulement un signe festif ; ils deviennent un engagement discret à marcher avec le Christ, jusque dans l’incompréhension et l’épreuve.
La célébration se nourrit aussi de chants porteurs d’espérance. « Viens ouvrir nos tombes, fais renaître nos vies », chante l’assemblée. Les paroles résonnent avec force en ce temps particulier, rappelant que la Passion n’est pas une fin en soi. Elle ouvre un passage. Elle prépare une lumière.
Même au cœur du récit le plus sombre, des signes apparaissent : le centurion qui reconnaît en Jésus le Fils de Dieu, les regards qui changent, les cœurs qui s’ouvrent. La mort n’a pas le dernier mot.
En conclusion, un appel simple mais exigeant est lancé : entrer pleinement dans la Semaine sainte. « Gardez mon commandement et vous porterez du fruit », rappelle l’Évangile. Prière, jeûne, partage, attention aux autres : autant de chemins concrets pour donner chair à la foi.
Ce dimanche des Rameaux n’est donc pas une parenthèse liturgique, mais un seuil. Il invite à passer de l’enthousiasme à la fidélité, du geste symbolique à l’engagement intérieur. Il nous rappelle que la gloire de Dieu ne se manifeste pas dans la puissance, mais dans l’amour donné jusqu’au bout.
Les rameaux, une fois déposés dans les maisons, continueront de parler en silence. Ils diront que quelque chose a commencé. Un chemin. Une traversée. Une promesse.
Céline Latscha (texte et photos)